lundi 29 janvier 2007

Premières impressions

Une semaine est passée : « déjà ! » ou « que ça ! » ? Benh… c’est un mélange des deux ! Le moral est là (c’est déjà ça !) mais l’adaptation se fait plus doucement qu’à Montréal. Cela tient à une plus grande différence culturelle et à la « barrière » de la langue qui ralentissent les rencontres ou du moins minimisent les échanges les premiers temps.
Alors voici quelques petites réflexions sur cette première semaine. Mais autant vous dire tout de suite que j’essaie de mettre des mots sur des ressentis… mais qu’avant tout ce sont des choses qui se vivent et qui sont difficiles à décrire car il s’agit de toute une ambiance.


Les transports : « accrochez-vous ! »

Les micros ou colectivos ne sont pas des bus, mais bien des engins de course à travers la ville. Ils roulent à pleine vitesse ne se souciant pas des piétons et à peine des feux rouges, pilant littéralement devant les obstacles, ne s’arrêtant que lorsque sur le bas-côté un passager a fait un geste de la main, se dépassant les uns les autres, s’arrêtant en plein milieu de la voie si un passager le demande, ne fermant les portes qu’à l’occasion (oui, ça permet de ventiler et de jeter les gens en marche !). Les conducteurs sont de vrais pilotes : ils conduisent, répondent au téléphone, boivent leur café, rendent la monnaie, donnent les tickets…et tout ça en même temps ! Bref, on a l’impression les premières fois qu’on va mourir, mais finalement on se rend vite compte que rien ne sert de paniquer, il n’y a pas plus d’accidents qu’ailleurs. C’est comme quand on arrive à Paris, il faut adopter la conduite parisienne !

Il y a à peu près autant de compagnies de bus que de bus eux-mêmes, tous plus déglingués les uns que les autres. Pas de plans des lignes évidemment puisque les trajets ne sont pas définis. Conseil : se planter sur les avenues principales, faire un signe aux bus et leur demander s’ils passent par là où on veut aller. Avec Jay, un soir, nous sommes montés sans le savoir dans un bus « clandestin » : trois gamins géraient le bus (l’un conduisait, l’autre rendait l’argent, le troisième faisait sa pub à chaque arrêt), mais aucun tarif fixe et certainement pas de permis de conduire !

D’ici une quinzaine de jours, la révolution arrive à Santiago : le transantiago. Les bus et les métros vont être connectés entre eux par des liaisons et on pourra utiliser un bus puis un métro avec le même ticket. Ouah ! Mais les transports restent très chers (par mois, le budget consacré aux transport correspondant à la moitié de celui consacré au logement !) car il faut payer chaque trajet : il n’existe pas de carte mensuelle ou hebdomadaire, ni de tarif étudiant.



La propreté et la technologie : « peut mieux faire ! »

Comment dire ? Pour ceux qui connaissent le Portugal d’il y a 10 ans, je pense que c’est comparable. Ca aussi, ça participe d’une ambiance.
Dans la rue : papiers au sol, rues qui sentent la pisse, parcs crados, chiens errants nombreux, nuages de pollution qui empêchent de voir la cordillère avant le soir, bruits de la rue incessants.
Dans les appartements : maniaques abstenez-vous (ça va me faire du bien ça !). J’ai vu des maisons propres, il ne faut pas exagérer. Mais les immeubles restent vieux, parfois insalubres, avec des installations électriques souvent chaotiques, des cuisines peu aménagées. C’est dur à décrire : disons qu’on peut s’y sentir bien, mais que ça n’aura jamais une apparence propre.
L’hygiène dans les « petits restaurants de rue » (restaurants où l’on mange un repas complet pour moins de 3 euros) est loin d’être au rendez-vous : chacun mange après l’autre sur une table à peine débarrassée, je n’imagine pas les arrières de cuisine … mais on mange bien finalement !

La rue : « un lieu de vie à part entière »

Le fait que nous soyons en été et d’autant plus pendant les grandes vacances doit jouer sur cette perception. Mais en ce moment, la rue est en constante effervescence. On y entend crier les petits vendeurs en roulotte : « empañadas, helados, agua mineral ! » (empañadas : chausson frit fourré de viande, de légumes ou de fromage, helados : glaces, souvent à 100 pesos (1 franc), agua mineral : eau en bouteille). Les gens lisent leur journal sur les marches de leur immeuble. Sur les grandes artères, les bus, les taxis et les automobilistes mêlent leurs klaxons. Les enfants se rafraîchissent dans les fontaines publiques des parcs.
L’ambiance est vivante, chaleureuse, dynamique. Le soleil m’a valu mes premiers coups de soleil et bronzage des pieds avec la marque des tongues, alors que je suis loin de passer mon temps à bronzer !


Le niveau de vie : « pays le plus cher d’Amérique latine »

Je viens de lire dans un journal d’ici que le niveau de vie à Santiago était similaire à celui de l’Espagne ! Cela ne m’étonne pas car j’avais déjà lu que le niveau de vie était de 93,7 (indice 100 en France). Bien sûr, les loyers ne valent pas ceux d’une capitale européenne (compter 160 à 200 euros en colocation). Mais pour ce qui est du reste, c’est cher comparé aux autres pays du Sud : hébergements, transports, voyages au Chili, produits alimentaires… restent moins chers qu’en France mais 2 à 3 fois plus élevés qu’au Pérou, Argentine, Bolivie…
Alors même si je trouve que c’est pas très cher comparé à la France, il faut que j’arrête de raisonner avec mon portefeuille français et que je prenne conscience que le Chili est bien plus cher que ses pays voisins.


La langue : « une barrière pas si franche que ça »

Les deux premiers jours, on m’aurait parlé chinois, ça aurait fait le même effet ! D’autant qu’étant en compagnie de Jay (parfait hispanophone), les gens me parlaient comme si je les comprenais… Mais depuis que je suis livrée à moi-même, je vois le changement : les gens voient vite que tu es étrangère et font des efforts pour te répondre (quoique peu ralentissent leur débit), et je m’étonne parfois moi-même dans les conversations. Alors pour le moment, ça reste des conversations de rue (demander sa direction, acheter des timbres, faire ses courses…) ou conventionnelles (quand je visite des appartements). Mais j’arrive à m’exprimer et à comprendre ce qu’on me dit (même si y’a des fois où je sourie bêtement en n’ayant rien compris et en espérant que ça passe !).
Mais à la fin de la journée, j’ai la tête pleine, je suis fatiguée de ces efforts et plus rien ne réponds (ça m’est arrivé avant-hier) : trop d’espagnol tue l’espagnol ! J’attends de voir comment je vais tenir mes journées de travail… D’autant que l’accent chilien est digne d’un accent québécois pour des français, qu’ils utilisent des expressions bien à eux et des tics de langage horribles (ajouter « pô » ou « huevon » dans les phrases).


Même au Chili, le monde est petit !

Déjà à Montréal, le regroupement d’IEPiens (étudiants de Sciences Po) et d’autant plus venant de Toulouse m’avait effrayé. Mais ça restait Montréal, destination très prisée ! Mais d’autres surprises inattendues ont suivi :
_ retour de Montréal, aéroport CDG, billeterie du RER : je rencontre une fille de ScPo Toulouse revenant de République Tchèque et repartant pour Manchester…
_ festival de la muñeca gigante, rues de Santiago : je rencontre Nina au hasard (fille de ScPo Toulouse aussi) alors qu’elle va étudier à Concepcion, plus au sud !
_ bar de Santiago : alors que Viviana (fille que j’ai rencontré lors d’une visite d’appart) me raccompagne aux bus en marchant au hasard des rues, Jessica (fille de ScPo Toulouse) m’interpelle, alors qu’elle travaille à Valparaiso sur la côte)
Bizarre ce monde, non ?

« La muñeca gigante buscando el rinoceronte »

C’est l’évènement de l’année ici ! Il s’agit d’un spectacle de rue monté par la compagnie française Royal Deluxe et qui a déjà été présenté en France. Le festival repose sur d’immenses marionnettes (10 mètres de haut) articulées par la force des hommes et qui circulent dans la ville au gré d’une histoire.
L’histoire ici était : des bus ont été brûlés et renversés dans la ville de Santiago, la petite fille doit retrouver le rhinocéros responsable de ce dévaste. Normalement, plus d’animaux intègrent l’histoire mais le coût de leur transport depuis la France était trop important.
J’avais assisté aux répétitions lundi dernier à l’ancien aéroport et c’est vrai que c’est impressionnant de réalisme : les yeux, la bouche, les pieds, les mains, la poitrine… bref, tout bouge comme si cette marionnette géante vivait. Mais de là à prédire un tel accueil par les Santiagais ( ?? toujours pas trouvé leur nom !)





C’est de la pure folie : des centaines milliers de personnes, peut-être un million, réunies dans les rues de Santiago dès 13 heures pour voir le réveil de la muñeca et la suivre sur le parcours. Je ne sais même pas s’il y aurait autant de monde amassé dans les rues, hurlant, applaudissant, poussant des coudes si le Chili gagnait la coupe du monde (lol).


Et comme le trajet des marionnettes n’était pas révélé, niveau sécurité, c’était pas ça ! Plusieurs fois, je me suis retrouvée en plein milieu de la foule (car même si je déteste la foule en liesse trop nombreuse, je me suis laissée prendre au jeu moi aussi) perdant les chaussures, avançant au gré des mouvements de la foule sans toujours toucher terre, essayant de prendre des photos. Le pire, c’est qu’au milieu de cette liesse, des mamans portaient leur bébés de quelques mois dans les bras ou en poussette, des enfants de 4-5 ans perdus appelaient leur mère …
Ambiance garantie !

jeudi 25 janvier 2007

Premiers jours

Voilà 4 jours que je suis à Santiago et déjà pas mal de choses faites ... j'entends aux niveaux loisirs et détente ! Je me suis laissée vivre puisque Jay était avec moi jusqu'à ce jeudi après-midi et j'ai bien profité de sa présence chaleureuse !

Lundi, après avoir passé l'après-midi avec des amis de Jay pour la répétition des marionnettes géantes, nous nous sommes rendus à une scène de théâtre assez éloignée de la ville. Durant 10 jours, la ville est plongée sous les activités culturelles diverses, et notamment, les scènes de théâtres ouvertes (entradas liberadas). Nous y avons rejoint des amis de Jay de Mendoza (Argentine) avec qui il avait passé une semaine dans leur casuela. Même si je suis loin de tout comprendre à la pièce jouée, l'ambiance est chaude et endiablée : musique, danse, jonglage et théâtre au menu !

Nous passons la nuit à festoyer dans un collège qui fait office de centre d'accueil des artistes. Mais la fatigue des derniers jours et de l'effort fourni pour comprendre ce qu'on me dit se font sentir. Malgré tout, des argentins accueillants et chaleureux, plein de vie et d'entrain. Un petit dodo avant de prendre le premier micro (bus) de 6h.


Mardi midi, nous décidons de nous offrir un repas au mercado central (marché central) où les restaurants, nombreux, tenter d'attirer le client à coup de cartes de visite, de sourires, de descriptions maravillosas des plats proposés. Au menu, soupe de poissons et mariscales (fruits de mer). Un délice pour seulement 25 francs chacun !
Après-midi tranquille, le soleil accablant un peu les esprits et nos corps fatigués de la veille ! Nous passons la soirée à bavarder autour d'un bon mathé (désigne le contenant dans lequel on boit le thé, ainsi que la boisson en tant que telle), que Jay n'hésite habituellement pas à proposer aux gens dès que l'occasion se présente. C'est un facteur socialisateur ici !



Mercredi, la journée s'annonce également peu chargée mais tout aussi plaisante. Nous déambulons dans les rues pour essayer de résoudre divers problèmes de Jay (changement du billet pour le trajet vers San Pedro de Atacama, téléphoner aux douanes qui détiennent toujours l'appareil photo), et au détour d'un marché artisanal.
Le soir, nous décidons de nous rendre dans le quartier Bellavista, quartier bohème de Santiago et apparemment l'un des plus animés, pour aller voir une pièce de théâtre : La rebellion de los animales (= Animal Farm de George Orwell). Un moment très plaisant puisque les acteurs détournent la pièce sous un ton très satirique et drôle.
Un petit verre en terrasse s'impose ensuite : le litre de bière n'est qu'à 1000 pesos chiliens (soit 10 francs !)


Jeudi, levés de bonne heure, nous allons visiter le Museo chileno de arte precolombino : une merveille à mes yeux... a little bit boring pour Jay à qui la fatigue fait fermer les yeux !


Jay parti en milieu d'après-midi, je décide de me prendre enfin en main : recherche d'apparts et visite de la ville s'imposent ! Mercado central, plaza de armas, plaza italia, parque forestal, rio mapocho... Je me rends également dans le quartier Providencia où se situe Amnesty (pas encore eu le courage d'y mettre les pieds... comme si j'attendais que mon espagnol et ma compréhension s'améliorent !) et ContactChile (une association aidant à trouver des logements).




mardi 23 janvier 2007

Arrivée à Santiago


Les 14h de vol from Paris ont été pénibles, mais l'arrivée sur Santiago en a été d'autant plus belle et impressionnantes avec la vue sur la Cordillère des Andes. J'ai retrouvé Jay à l'aéroport. J'avoue que je lui dois une fière chandelle de s'être occupé de moi les premières heures : c'est toujours super agréable de ne pas avoir à réfélchir aux formalités d'arrivée et de se laisser guider !

Je vais prendre mes marques petit à petit. Et même si selon Jay, la ville est occidentalisée, l'architecture, les visages, la langue, le climat (aride et sec : 25°) dépaysent totalement. par certains aspects, je me retrouverais presque en Martinique.

Pour le moment, le moral va plutot bien. Même si j'ai versé quelques larmes inévitables une fois décollée et à l'arrivée : le changement, la prise de conscience que c'est parti pour 6 mois d'aventures certainement fantastiques mais tellement lointaines. Je vais beaucoup apprendre, certainement plus qu'à Montréal, rien que par la culture.

En déjà 24 heures, j'ai rencontré des amis de Jay qui l'hébergaient ici, vu la répétition du défilé des marionnettes géantes de ce weekend dans les rues, gouté aux empañadas, visité un premier appart, découvert à très gros traits la ville, rencontré des amis de Jay qui jouent du théâtre, jonglent, dansent et chantent ! Dodo à 7h du matin... !