samedi 9 juin 2007

Dernier mois à AI-Chile: Accion Por México (1/2)

Bon alors voilà, je sais il y a vraiment du laisser-aller. Déjà trois semaines sans nouvelles : « bouh Elsa bouh !». J’avoue. Mais les choses s’accélèrent et je déteste cette sensation parce que je n’ai aucun moment pour moi, et je suis crevée, et je n’ai le temps pour rien.

Comme je disais dans mon dernier post, je bosse énormément ces derniers temps. Ca me plaît, mais je dirais que je ne compte pas mes heures. Et à cela s’ajoute ce fameux rapport de stage, la fatigue, les courtes nuits, le stress par moment, trop de choses à faire en même temps. Bref, les retards s’accumulent : désolée pour les non-réponses aux mails, désolée pour le manque de nouvelles. Je n’ai pas encore regardé pour qui j’allais voter demain. Todo mal !

Mais bon, je vais prendre le temps de vous conter mes dernières semaines. Ca va parler boulot essentiellement, alors que ceux qui n’ont pas envie d’entendre parler travail arrêtent immédiatement la lecture ici ! J'avoue que les articles sont longs, mais je pense intéressants.

Pourquoi tant de stress me direz-vous ? La vie est paisible au Chili ! Au travail, pour les chiliens : oui. Oh, je suis mauvaise là ! Non, mais disons que la petite française consciencieuse et investie que je suis s’est engagée dans divers projets il y a quelques temps de cela. Et évidemment, tout tombe en même temps et qui plus est à la fin du stage, quand la fatigue se fait ressentir et la patience se fait quasi-inexistante.
Devinette : à quel pays appartient ce drapeau? (ça me rappelle mon 1er jour avec Jay à Santiago: bien incapable que j'étais de reconnaître le drapeau chilien parmi dix autres...vergüenza!). Si je vous dis que je suis coordinatrice de l'équipe « Action pour le Mexique »...

Bon, disons pour résumer le problème que je suis l’équipe à moi seule : ni membre, ni soutien, ni cyberactiviste agissant pour les actions urgentes… Alors ça réduit déjà beaucoup le nombre d’actions qui peuvent être faites par l’équipe, mais surtout l’efficacité des quelques activités que j’ai le temps et les moyens de mettre en place.

Mais malgré cela, je ne reste pas inactive ! En collaboration avec l’équipe « Action pour le Guatemala » (qui est aussi composée d’un unique membre : sa coordinatrice Maïlys), nous avons décidé de faire un cycle de documentaires sur le féminicide dans ces deux pays (non, on ne s’est pas regroupées entre frenchies, c’est juste tombé comme ça).
Peut-être certains d’entre vous n’ont-ils jamais entendu parler de ce terme savant qui est en « vogue » dans le vocabulaire sociologique depuis quelques années, et surtout depuis que la condition des femmes est plus étudiée. Le féminicide est la mort d’une femme, généralement violente, par un homme. C’est la forme la plus extrême de la violence de genre, laquelle est exercée par les hommes contre les femmes dans le but d’obtenir pouvoir, domination ou contrôle. Cela inclut aussi la violence intrafamiliale et la violence sexuelle. Le féminicide constitue une discrimination contre les femmes parce qu’il est basé sur le sexe : les femmes victimes de féminicide le sont pour l’unique raison d’être des femmes, donc considérées comme sans pouvoir ni valeur.

Ce thème constitue réellement un problème endémique au Mexique comme au Guatemala, et les chiffres atteignent des niveaux effrayants. Certains d’entre vous connaissent peut-être le cas de Ciudad Juárez, une ville mexicaine frontalière avec les Etats-Unis, où plus de 427 femmes ont été assassinées depuis 1993.

On a donc organisé trois projections suivies de débats : une en commun à Valparaíso (qui a été diférée pour cause de grèves étudiantes), deux autres à Santiago.

Ca commence lundi avec « Killer’s paradise », un documentaire excellent de la BBC. Ce documentaire est vraiment fort, tant sur le plan des images que du contenu : j’ai pleuré tout le long (http://www.nfb.ca/trouverunfilm/fichefilm.php?id=54178&v=h). Le débat sera ensuite animée par ma très chère collègue Maïlys Tisé-a-ou (oui, ici, les chiliens n’arrivent pas à prononcer Tisseau), un ancien coordinateur de l’équipe et une guatémaltèque (en vidéoconférence : si, si, Maïlys fait les choses avec un grand souci de professionnalisme).
Quant à moi, j’organise la projection du vendredi 15 juin. Pour le débat, je devrai me contenter de ma propre présence (Elsa Saba-ou-rine, comme on dit ici) et de celle de la coordinatrice de l’équipe Mujeres.

Bon, mais pour ne pas vous laisser sur votre fin et pour vous faire frémir encore plus sur ce sujet, voici quelques extraits choisis d’un article paru en 2003 dans le Monde Diplomatique. Je pense que ça en convaincra plus d’un que ce sujet est d’une extrême importance…

« Plus de 400 crimes parfaits. A Ciudad Juárez, les femmes sont assassinées selon un rituel immuable : enlèvement, torture, sévices sexuels, mutilations, strangulation. Depuis plus de dix ans, au rythme moyen de deux cadavres par mois, des corps de femmes, d’adolescentes et de fillettes, nus, meurtris, défigurés, sont découverts dans les faubourgs de la ville maudite.

[…] Imaginez un monde où les policiers protégeraient les assassins, seraient leurs complices, feraient emprisonner des innocents en obtenant des confessions sous la torture, et menaceraient voire élimineraient tout enquêteur... Un monde à l’envers, où les autorités fermeraient les yeux, les criminels seraient libres et les innocents martyrisés. Bref, un cauchemar. A un détail près : ce monde d’horreur est vrai, il fait partie de la réalité du Mexique.

[…] Ce qui s’y passe est une insulte aux droits humains. Depuis 1993, plus de 350 femmes y ont été enlevées, violées et assassinées. La majorité de ces femmes avaient des caractéristiques communes : une centaine au moins étaient issues de milieux pauvres, presque toujours ouvrières, toutes étaient menues, brunes et avaient les cheveux longs. La plupart n’ont pu être identifiées, toutes ont été victimes de violences sexuelles, et, sans exception, elles furent toutes étranglées... Les meurtres se répètent, se ressemblent, les sévices sont les mêmes et concernent non seulement des femmes adultes, mais également des adolescentes, et même des fillettes d’à peine 10 ou 12 ans.

[…] Pourquoi les cadavres ont-ils été défigurés et mutilés ? Pourquoi un tel acharnement sur les victimes, un tel sadisme barbare ? S’agit-il de rituels sataniques ? D’orgies perverses de narcotrafiquants ? De vendeurs d’organes ? De sacrifices humains pour le tournage de films-réalité (snuff movies) dans lesquels la victime est violée, torturée et tuée devant la caméra ? Les questions se succèdent à l’infini, sans que nulle enquête sérieuse ne vienne y répondre. Divers témoignages indiquent que les assassins auraient été protégés, dans un premier temps, par les policiers de Chihuahua. Ensuite, ils auraient bénéficié d’appuis dans les milieux du pouvoir liés au trafic de drogue.

[…] Et il y a quelques années, quand un journaliste demande à l’ancien Gouverneur de l’Etat de Chihuahua (Etat où se trouve Ciudad Juárez), celui-ci répond : « cela n’a rien de surprenant parce que les victimes se promenaient dans des endroits sombres et portaient des minijupes ou d’autres tenues aguichantes... ». Comme lui, beaucoup de jeunes « machos » estiment que la violence contre les femmes est un ‘’devoir’’.

[…] Ciudad Juárez se caractérise par ses nombreuses usines de sous-traitance où une main-d’oeuvre à bas prix assemble des produits destinés à l’exportation. Venant principalement de l’intérieur du pays, cette main-d’oeuvre est surtout composée de femmes. Ce sont elles qui font vivre les familles, ce qui perturbe les traditions machistes et patriarcales. En s’immergeant dans le travail, les femmes tentent de s’évader de la pauvreté.

[…] La vague d’homicides a engendré une sorte d’émulation misogyne et transformé ces tueries sporadiques en une véritable obsession criminelle, d’autant plus incitée que l’impunité est reine : des individus guettent dans l’ombre et commettent des assassinats par pur désir d’imitation. C’est le règne des brutes, des pervers, des psychopathes.

[…] Faire disparaître les corps des femmes assassinées est devenu une spécialité de la mafia locale. Le procédé usuel s’appelle lechada, un liquide corrosif, composé de chaux vive et d’acides, qui dissout rapidement les chairs et les os sans laisser la moindre preuve. « Nulle trace », telle est la consigne secrète. Réduire à néant, effacer, gommer, tels sont les maîtres mots.

Le 6 novembre 2001, les corps nus de trois jeunes femmes furent découverts dans un champ de coton dans la périphérie de la ville. L’une d’entre elles était mineure, avait les mains liées dans le dos et avait été égorgée. Le jour suivant, en élargissant les recherches, les restes de cinq autres victimes furent mis au jour. Pressée de trouver des coupables, la police de Chihuahua arrêta deux individus qui, sous la torture, avouèrent être les auteurs des huit crimes. Le procureur, M. Arturo González Rascón, annonça que l’affaire était résolue. Sans qu’aucune véritable enquête ne soit menée, il soumit les deux inculpés à une procédure pénale. Le 14 novembre, au mépris de toute règle du droit et sous la pression de la rue, un juge complice des autorités locales émit un mandat de dépôt. Entre la découverte des cadavres et l’acte judiciaire, une semaine à peine s’était écoulée. Pendant ce temps, les véritables coupables restaient en liberté.

La série noire a donc continué.
Ce même jour, 14 novembre, deux autres cadavres de jeunes filles étaient retrouvés : l’un au Motel Royal, l’autre dans le village de Guerrero. Cinq jours plus tard, dans les faubourgs de la ville, on découvrait le corps à moitié nu d’une autre femme de 21 ans, Alma Nelly Osorio Bejarano, torturée et étranglée. Il n’existe aucun registre pour répertorier les centaines de meurtres de femmes commis à Ciudad Juárez. Les autorités ont l’habitude d’abandonner très vite les recherches : plus de trois mois après la découverte des cadavres des huit femmes dans un champ de coton, des promeneurs ont retrouvé des vêtements et des objets appartenant aux victimes... Cela révèle l’incroyable désinvolture des policiers. »

Nous sommes bien en 2007, au Mexique, non, vous ne rêvez pas. Je n’avais aucune idée de ces atrocités, et de bien d‘autres encore. Mon stage, parmi tous les bénéfices extraordinaires que j’en ai tirés, m’aura permis ça : l’apprentissage d’une autre réalité, une réalité bien triste et cachée.
Alors merci de signer cette pétition :
http://www.amnesty.fr/index.php?/amnesty/agir/campagnes/femmes/agir/mexique_femmes_enlevees_et_assassinees/carte_d_action_sur_les_assassinats_de_femmes_au_mexique

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Ahhh! j'aime bien quand il y a des compliments sur moi dans tes articles!!

Mais j'aime moins quand en un seul commentaire sur mon blog tu arrives à placer que je ne pourrais pas faire mannequin de casque, que je suis petite et qu'en plus, je ne sais pas me servir du retardataire... ma vengeance sera terrible!

(plan en 2 parties : remerciements, sin embargo no puedo dejar de manifestarle... amnesty rentre en moi)

Anonyme a dit…

PS : ça fait peur cet article sur Juarez... Je ne sais pas qui "gagne" entre le Guatemala et le Mexique mais, comme tu dis, on est bien en 2007, ceci n'est pas une fiction...

Elsa a dit…

''Junto con saludarte este domingo'' Maïlys (AI, AI, AI!!), sache que les commentaires de blog sont tout un art... c'est que j'ai de l'entraînement, j'écris des brouillons, je les retravaille, je les réécris.
Les gens vont croire qu'on est folles...non, c'est juste le résultat après 5 mois de stage à AI !

NB : Il y a un film US "Les disparues de Juarez", qui sort en Europe ces temps-ci avec J-Lo. J'ai vu des extraits: basé sur des faits réels ça retrace ce qui s'y passe c'est sûr, mais ça reste quand même un film (ce qui ne vaut pas les documentaires).
Mais merci Sergine pour ce rappel!