Il était une fois à l'ambassade de México à Santiago de Chile...
Une ambassade mexicaine, une section d'AI, un travail de "coopération"...
Passons à quelque chose d’un peu plus gai ! Si je n’ai aucun soutien dans mon travail quotidien pour l'équipe "Accion por México" par l’absence de membres investis (j’ai bien essayé j’vous jure, c’est pas la volonté qui a manqué !), par contre du côté des autorités, c’est parfait ! Je dis parfait parce que c’est la seule ambassade avec qui nous travaillons qui reconnaît notre travail, tient compte de nos remarques, nous répond… « Les mexicains sont très professionnels (disons, sur le plan administratif), alors nous nous devons de l’être aussi avec eux : on ne peut pas râter un évènement sinon ils vont le retourner contre nous», m’a un jour dit Sergio, le directeur d’AI Chili.
Et c’est vrai : à chacun de mes échanges (par courriels) avec l’ambassadeur mexicain à Santiago (pour envoyer des actions urgentes, les interpeller sur un cas de violation des DD.HH., pour leur envoyer un communiqué de presse…), je reçois un message de retour me disant qu’ils vont étudier le cas et me donner des « nouvelles ». Il m’envoie très régulièrement des bulletins d’information. Il y a un échange très concret, « amical ». Bref, si les choses changent lentement du côté des DD.HH. là bas, au moins ils font quelque chose.
Et c’est vrai : à chacun de mes échanges (par courriels) avec l’ambassadeur mexicain à Santiago (pour envoyer des actions urgentes, les interpeller sur un cas de violation des DD.HH., pour leur envoyer un communiqué de presse…), je reçois un message de retour me disant qu’ils vont étudier le cas et me donner des « nouvelles ». Il m’envoie très régulièrement des bulletins d’information. Il y a un échange très concret, « amical ». Bref, si les choses changent lentement du côté des DD.HH. là bas, au moins ils font quelque chose.
Un communiqué de presse, un coup de téléphone, un rendez-vous...
Un jour, après la publication d’un communiqué de presse, le consul m’a appelée pour me demander une réunion de travail. Oups ! J’espérais secrètement que Sergio me dirait qu’il n’avait pas le temps, mais non : on a accepté ! Bien sûr ! Alors je me suis mise pendant deux semaines dans la lecture approfondie des rapports d’Amnesty, de la Commission Interaméricaine des DD.HH, de la Commission nationale (mexicaine) des DD.HH, de la Fédération Internationale des DD.HH, de la presse… bref, tout ce que je pouvais trouver pour me « caler » sur le sujet des DDHH au Mexique. Et c’est que y’a beaucoup à savoir parce que c’est bien sûr loin d’être un pays parfait dans ce domaine.
Une préparation consciencieuse, du stress...inutiles ? Pt'êt' benh qu'oui!
Après la lecture, est venu le temps de la préparation de la réunion, préparation professionnelle (toujours !) avec interrogation orale de Maïlys (intraitable, allant même me coller sur l’article 1 de la constitution mexicaine !). Ahhh, mais j’avoue m’être stressée pour cette réunion.
En fait, rencontrer un ambassadeur, c’est déjà pas rien. Mais c’est encore plus difficile quand il s’agit de lui parler en espagnol, et que le rapport de force est différent. Je m’explique : jusque là, quand j’avais dû aller « affronter » la población chilena, c’était pour l’informer, lui expliquer des choses qu’elle ne savait pas ; cette fois-ci, j’allais me trouver dans une posture toute autre, il me fallait convaincre et défendre une position.
Mais pour me rassurer, Sergio me répétait : « Tranquila Elsa, sólo son relaciones de sociabilidad, relaciones cordiales. Y piensa que él va a defender lo que no se puede defender, y él lo sabe. Sólo tienes que prepararte bien para ser reactiva : se puede que te diga « pero no conoces México, nunca fuiste » ; « sólo tienes 22 años, eres francesa, cuál es tu legitimidad?” [1].
J’avoue que je n’ai pas beaucoup dormi les nuits précédentes, des idées me surgissant dans la tête : faut que je pense à ça, faut que je dise ça, et que dis-je s’il me demande ça…. ? Pour me rassurer, Sergio m’avait dit « Sabes, no tengo el tiempo de preparar esta reunión. Cuento contigo (c’est c’la oui!). Y espero que no vas a congelarte como Esztella (l’ancienne coordinatrice qui n’a pas pu dire un mot lors d’une autre réunion).” [2] Ah benh ça m’a tout de suite mise à l’aise...
Le mercredi 6 juin, à 10 heures, au 318 rue Felix d'Amesti...
Avec Sergio on entre dans le bureau de Francisco de la Lama Rebollo (así se llama el embajador). Une grande tape dans le dos : « Qué tal Sergio ? Hace cuanto tiempo que no nos vimos ? Hola Elsa, mucho gusto conocerte.” [3] Euh benh euh, là, y’s’passe quoi les mecs? Un peu déconcertée par cette familiarté, je savais pas si je devais rentrer dans le jeu de “ah, t’es cool comme mec toi!” ou alors continuer sur la ligne très coincée ! Alors bêtement, j’ai tendu la main et j’ai dit un simple « Buenos días Señor », j’avoue que ça dénotait ! Enfin bref. Ca a continué entre chistes y bromas, con cafe, [4] et puis quand même des thèmes sérieux ( !!).
Sincèrement, j’avais préparé un « discours » bien rôdé, avec des parties, des enchaînements logiques, tout quoi! (1- remerciements ; 2- reconnaissance des efforts produits au niveau international ; 3- le « sin embargo [5] » rien n’est fait au niveau national ; 3- tous les thèmes sur lesquels on demande une action concrète du gouvernement ; 4- des questions).
Bah, j’ai quasiment rien pu caser : et là réside ma plus grande déception ! Sa technique : rester super décontracté, et parler parler parler parler, lancer une boutade de temps en temps histoire de faire bien. Sergio a quand même réussi à lui faire éclaircir certains points, mais est resté plus dans un cadre de propositions, et non de critiques. J’ai quand même parlé, en l’interpellant sur des points. Mais j’aurais eu tant à dire… Mais ma position était uniquement celle de critiquer, alors que le ton de la réunion était sincèrement super enjoué et amical.
En sortant, j’ai tout de suite dit à Sergio “Odio este mundo facticio : parecemos como amigos mientras que somos opuestos” [6]. Sergio m’a dit : « Bienvenida en el mundo del lobby! El embajador es la vitrina de su país, tiene que venderlo. Sabe perfectamente que casi nada se hace en México en materia de los DDHH. Nosotros estabamos acá para criticar la política mexicana. Cada uno desempeño bien su papel. Y no creo que fue falso, sólo tienes que saber que la diplomatia es un arte : un arte inventado para resolver los conflictos sin daños. No es falso sino una manera de comunicarse”. [7] Hum, ça me laisse perplexe quand même!
En sortant, j’ai tout de suite dit à Sergio “Odio este mundo facticio : parecemos como amigos mientras que somos opuestos” [6]. Sergio m’a dit : « Bienvenida en el mundo del lobby! El embajador es la vitrina de su país, tiene que venderlo. Sabe perfectamente que casi nada se hace en México en materia de los DDHH. Nosotros estabamos acá para criticar la política mexicana. Cada uno desempeño bien su papel. Y no creo que fue falso, sólo tienes que saber que la diplomatia es un arte : un arte inventado para resolver los conflictos sin daños. No es falso sino una manera de comunicarse”. [7] Hum, ça me laisse perplexe quand même!
Et Sergio d’essayer de me convaincre de l’utilité de cette réunion sur le chemin du retour “No tienes que ser desalentada : es cierto que tal reunión no va a cambiar la situación del día por la mañana, tampoco este hombre tiene el poder para actúar, sólo es un representante de su país.” Et moi de demander : “Pero a qué sirvió entonces?” –“A mostrarles que estamos mirándoles : no pueden hacer lo que quieren. Hoy día, de nuevo, les dijemos We’re watching you. Tu no vas a ver los resultados de esta reuníon, pero estamos trabajando a largo plazo : diez quizás quince años” [8]... Il faut de la patience dans les DDHH moi j’vous l’dis!
Bon, mais devant l’enthousiasme de Sergio, du coup, je me suis persuadée moi aussi que nous avions servi à quelque chose ! Une excellente expérience. Ce que j’ai découvert aussi, c’est que c’est absolument inutile dans ces cas là d’en savoir une tonne : la meilleure approche est toujours de pousser son interlocuteur dans ses retranchements.
Bon, mais devant l’enthousiasme de Sergio, du coup, je me suis persuadée moi aussi que nous avions servi à quelque chose ! Une excellente expérience. Ce que j’ai découvert aussi, c’est que c’est absolument inutile dans ces cas là d’en savoir une tonne : la meilleure approche est toujours de pousser son interlocuteur dans ses retranchements.
Et comme je suppose que y'en a qui vont me dire : "on n'a rien compris à tes passages en espagnol...", je vais vous éviter d'aller chercher dans un dico:[1] Ne stresse pas Elsa, ce sont seulement des relations sociales, des relations cordiales. Et dis toi que lui, il va devoir défendre l'indéfendable, et ça, il le sait très bien. Tu dois seulement ne pas te laisser déconcerter par des questions: il se peut qu'il te dise ''mais tu ne connais pas le Mexique, tu n'yas jamais été'', ''tu as seulement 22 ans, tu es française, quelle est ta légitimité à t'imiscer?"[2] Tu sais, je n'ai pas le temps de préparer cette réunion. je compte sur toi. Et j'espère que tu ne vas pas te figer comme Esztella la dernière fois[3] Comment ça va Sergio, à quand remonte notre dernière réunion ? Bonjour Elsa, enchanté de faire ta connaissance.[4] entre blagues, boutades, avec café[5] cependant[6] Je déteste ce monde factice : on était comme des amis, alors que nous sommes opposés.[7] Bienvenue dans le monde du lobby! L'ambassadeur est la vitrine de son ays, il doit le vendre. Il sait parfaitement que presque rien ne se fait au Mexique en terme de DD.HH. Nous, nous étions ici pour critiquer la politique mexicaine. Chaque ''camp'' a joué son rôle. Et je ne crois pas que ça ait été faux, tu dois seulement savoir que la diplomatie est un art : un art inventé pour résoudre les conflits sans morts. Ce ne sont pas des relations fausses, mais c'est seulement une façon de communiquer avec les autres.[8] Tu ne dois pas te décourager : c'est sûr qu'une telle réunion e va pas changer les choses du jour au lendemain, et cet homme n'a pas non plus le pouvoir de le faire c'est seulement un représentant de son pays. Et moi de demander ''Mais alors à quoi a-t-on servi?'' - A leur montrer que nous les surveillons : ils ne peuvent pas faire n'importe quoi. Aujourd'hui, de nouveau, nous leur avons dit "We're watching you". Toi, tu ne verras pas les résultats de cette réunion. Mais nous travaillons sur le long terme : dix peut-êre quinze ans"
3 commentaires:
J'allais pas te laisser critiquer l'article 1 de la Constitution Mexicaine sans que tu saches de quoi ça parle quand même...bon ça aurait été l'article 2 jdis pas...
(déjà oublié de quoi ça parlait cet article moi, toi aussi je suis sûre!)
vlam... (cf vengeance, commentaire article précédent)
jajaja
Pff, mauvaise langue : l'article 1 de la constitution mexicaine raconte comment fonctionne le Congrès
Merci Wikipedia...
Merci pour cet apperçu des relations diplomatiques,je comprends que tu aies du mal dans cette lenteur de "pré-pré-pré-négociation",destinée aux générations futures,alors que tant de personnes ne sont pas respectées dans leurs droits essentiels , qu'elles souffrent et peut-être comptent sur vous?
Bon courage pour le compte à rebours! Marie Pierre
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